Magique Cuges les Pins


Dimanche 8 mars 2020, nous décidons Mathilde et moi de partir pour un « petit vol » à Cuges car nous devons rentrer tôt pour recevoir des amis pour 15h30 à la maison. Les prévisions météo annoncent du vent aux alentours des 20 km/h avec un plafond de 1400 mètres, tournant d'Est en Sud-ouest au cours de la mi-journée. Le week-end précédent nous avons pu constater que les conditions printanières étaient bien présentes. Ce changement d'orientation du vent est une configuration météo que nous connaissons bien à Cuges et pour nous qui montons à pieds demande un parfait timing. En effet, il faut être sur le bon déco au bon moment ! Si il faut passer d'un déco à l'autre à pieds, c'est fichu, le créneau s'envole et pas nous. On a pas droit à l'erreur sous peine d'une grande frustration qui nous fait réfléchir à deux fois lors de la prise de décision.

Il est environ 10h30 quand nous partons d'Aubagne avec un ciel bleu dépourvu de tout cumuls. Comme à notre habitude, nous nous garons sur le parking du col de l'Ange qui se situe à mi-chemin entre le déco et l'atterrissage, nous permettant ainsi de répartir une moitié du temps de marche avant le vol et l'autre moitié après le vol.

Sur le parking, se trouvent des visages familiers, Marc V, Pierre alias Papa Alpha et Eric B. Nous confrontons nos analyses météorologiques en attendant l'arrivée de Christelle. Mathilde est impatiente de monter, (par peur que cela devienne trop fort pour elle) alors nous commençons tous les deux à monter doucement.

La montée à pieds est toujours un bon moyen pour nous d'analyser l'évolution de l’aérologie, avec l'avantage de se faire sur différents versants. A force, on commence a avoir des repères, avec ce qu'on observe à certains points stratégiques de la montée, on a une petite idée de la situation en haut. Je ne manque pas d'interroger les balises météo du secteur en plus de celle située au déco, en partant de la maison, en commençant la marche, à mi-chemin de la marche et enfin en haut jusqu'au décollage.

Arrivé en haut, nous constatons que l'orientation du vent passe d'Est à Sud, c'est irrégulier et rafaleux. Nous sommes rapidement rejoints par Marc et Christelle puis par Eric et Pierre.


Une petite photo souvenir de l'équipe !!!

Tout le monde se prépare en temporisant, Eric est le premier à se lancer. Il se bat comme un diable pour se maintenir le plus longtemps possible mais rien à faire les conditions ne sont pas encore là. Une fois posé, il nous indique la présence de petits thermiques teigneux et peu efficaces. Il fera d’autres vols dans journée en position de bi-placeur.

Nous prenons donc tout notre temps, tout en analysant l'évolution de l'aérologie en permanence. Marc nous fait remarquer que des barbules apparaissent puis disparaissent sur la crête se trouvant face au déco...Ca chauffe, ça chauffe, l'heure du départ approche.

La brise commence a être bien présente plein sud, Mathilde qui redoute de ne plus pouvoir décoller si les conditions venaient à se renforcer, s'élance avec un peu trop de frein et donc un manque de vitesse qui la fait passer pas loin d'un arbre. Heureusement « la main de Dieu » lui fait prendre rapidement quelques mètres qui sont les bienvenus et lui permettent de vraiment rentrer dans sa sellette et dans son vol par la même occasion. Comme d'habitude pour elle, ça monte direct, en quelques secondes la voilà bien au-dessus du déco. Même si je sais bien que Mathilde monte facilement à la moindre ascendance (hé oui c'est une fille), vu le caractère bien franc de la montée, j'estime que ça devrait au moins tenir pour moi. Je finis de me préparer en mettant en place ma caméra sur le casque, et me lance après avoir bien pris le temps de m'assurer que ma voile était bien gonflée au dessus de ma tête, car les conditions le permettent sans problème aujourd'hui. Alors que je me lance dans ma course d'envol, j'observe un élément d'importance, l'arrivée de Minh sur le déco...(explications plus tard)

Je commence mon vol en balai d'essuie glace pour prospecter un peu les ascendances, Mathilde est  haute côté Sud-Est, je me mets dessous, ça secoue bien, mais ça monte pas vraiment ! Je zérote, j'essaie de m'avancer un peu, ça descend même...bon je retourne vers le déco bien que je sois plus bas...Christelle décolle et bim la voilà catapultée bien au-dessus de moi !!! Elle rejoint Mathilde. Les filles sont brassées mais elle ont du gaz, contrairement à moi qui me retrouve près de mon repère m'indiquant qu'il est temps de rentrer à l'atterro... Je me dis que je vais devoir aller me poser quand soudain, je sens une bonne bulle...aller j'enroule ! Je remonte mais je suis encore sous le déco, je me rapproche du relief, ça bouge de plus en plus, je me bat, Mathilde et Christelle partent en plaine et vont se poser.



C'est au tour de Pierre puis de Marc de décoller tandis que je trouve enfin un vrai bon thermique, que j'enroule, j'enroule, je dérive volontiers avec lui en passant au-dessus du déco direction plein nord. Ca bouge mais une fois inscrit en rotation dans le thermique je ressens beaucoup moins les tumultes aérologiques et je kiffe !!! Rapidement Marc me rejoint puis me dépasse, dorénavant c'est lui qui balise le thermique...Pierre est en chemin. Tout en enroulant Marc et moi nous retrouvons rapidement au dessus de la vigie de Gémenos. Une première pour moi...Marc part en direction de la Sainte Baume, je ne le reverrai plus...(Je pense qu'il a anticipé la fin du cycle thermique).
De mon côté, j'admire naïvement le paysage, peut-être un peu trop, alors que je suis en pleine contemplation de la baie de Cassis qui se découvre devant moi, ma demie aile gauche ferme sur une bonne partie, en tout cas suffisamment pour que je sois obligé d'effectuer un transfert de poids du côté droit pour ne pas partir en rotation. Cette occasion me rappelle combien une fermeture qui arrive en conditions thermiques et bien moins rassurante que celle qu'on provoque lors d'un stage SIV le mien étant encore tout frais dans ma tête. Je me sermonne à haute voix (du style « tiens ton aile bordel!!!) tout en me disant que je viens de franchir un thermique sans avoir correctement tenu mon aile. Je perds du gaz alors je me dirige vers la plaine en espérant pourvoir passer au-dessus du déco mais je n'en suis pas sûr au pire je m’engouffrerai dans le vallon côté Est du déco. Je ne suis pas vraiment serein sur le retour car je commence a me trouver bas. Je me dis que je vais bien trouver une bulle en route pour passer plus facilement au dessus du déco. Et comme quoi il faut y croire, cette bulle arrive au dernier moment à l'arrière du déco, je peux ainsi passer part dessus.
Entre temps Minh a décollé et aussitôt il s'est jeté sur le thermique qui m'a fait prendre mon altitude précédemment. J'arrive a peu près à la même hauteur que lui dans le thermique mais je reste à distance car il a commencé sa rotation et je ne veux surtout pas le gêner. Il prend rapidement quelques mètres de plus que moi avant que je me place à mon tour idéalement et nous enroulons ensemble, lui légèrement au-dessus comme nous l'avions fait Marc et moi. Le thermique est encore plus généreux, nous montons aux alentours des 1100 mètres. 

Alors que notre montée ralentie puis s'achève, Minh prend le cap du déco Sud-Ouest, pas besoin de me faire un dessin, je comprends qu'il part en transition. J'ai déjà laissé partir Marc, cette fois je ne veux pas laisser partir Minh. Et c'est parti pour la transition, bras hauts, c'est tout doux, mon mentor Minh est devant et ma mentor est bien au dessus de ma tête, j'ai tout le temps de l'admirer (ma voile). Soudain bien avant d'arriver au déco sud-ouest Minh change de cap et part en plaine ! Ah sur ce coup là je n'y crois pas, je décide de continuer vers le déco Sud-Ouest sachant qu'il me reste encore suffisamment de gaz pour passer au dessus et trouver un début de thermique sur une des faces les plus exposées au soleil. C'est alors que je remarque qu'on a été suivi par Pierre et qu'il prend la même option que moi, il est arrivé plus bas mais il s'accroche et ça paie.



( Vue depuis Pierre)

Il me rejoint rapidement et nous enroulons ensemble le même thermique à 180 degrés un de l'autre, un cas d'école. C'est cyclique on fait des allez-retours entre le devant du déco Sud-Ouest et l'arrière au dessus du futur déco ;-) Pendant ce temps, j'admire l'artiste Minh qui cherche son thermique au bout de la plaine, l'enroule, reperd de l'altitude et refait la transition en sens inverse pour reprendre du gaz et retourner à son thermique de plaine. Je crois qu'il a fait cette manœuvre deux fois !!! Il veut aller à OK coral !!! Soudain, j'aperçois sur ma droite, à quelques mètres de mon bout d'aile un aigle de bonelli qui est venu me saluer, il est magnifique ! Les conditions s'affaiblissent, Minh va se poser, Pierre commence la transition pour rentrer, je tente encore une prospection de thermique en vain...Je rentre aussi c'est juste mais en longeant la route nationale qui a bien chauffé au soleil ça passe je peux rentrer au terrain en laissant de côté un petit thermique de plus 1 mètre seconde. Fin du vol et je veux éteindre ma caméra...au mince elle a disparu, paix à son âme, je n'aurai pas de vidéo mais tant pis je suis heureux d'avoir passé une heure et seize minutes de pur plaisir dans les airs.


Alexandre Z

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