Erasmus Paragliding - Petite balade à 2000m...

Pour égayer les journées confinées, je ressors un petit récit d’un vol rando réalisé en 2018.

Présentation

L’équipe Erasmus Paragliding se compose de plusieurs membres. Le récit qui nous intéresse aujourd’hui met l’accent sur :
  • Pablo, l’Espagnol : il est le cerveau du groupe. Il cherche les sommets méconnus, ceux sur lesquels il n’existe pas d’informations de décollage et se dit « ben tiens, on va aller voir là si c’est bien »,
  • Erik, le Néerlandais : il est partant pour tout, profite de chaque instant et opportunité. Il a du talent dans le montage vidéo et s’améliore à chaque nouvel opus, celui de cette aventure constituant l’un des premiers,
  • Marion, la Bretonne : c’est une traileuse hors pair, qui te met de sacrées raclées en montée comme en descente. Côté parapente, elle est beaucoup trop modeste sur ses compétences, alors je n’en dirai pas plus. A l’époque de cette sortie, elle nous accompagnait à pied,
  • Oror (c’est moi), la Savoyarde : elle est prudente, parfois un peu trop. Mais ça contre-balance les projets ambitieux du premier de la liste. Elle est l’écrivain du groupe et attend la prochaine aventure, stylo au poing.

Petit topo préalable…

L’équipe décide donc d’aller s’aventurer hors des sentiers battus. Une première tous ensemble, histoire de prendre la température, avant des expéditions plus ambitieuses. Avec seulement quelques ploufs derrière nous à l’époque, on reste modestes sur les objectifs.

L’idée c’est de décoller d’un sommet enneigé (volonté d’Erik) suite à une « longue expédition » (volonté de Pablo), avec des beaux paysages pour les photos (ma volonté). Why not ? Après moult tergiversations et aller-retours de mails, nous optons pour un sommet dans les Alpes du Sud, à côté de Barles. C’est un objectif beaucoup moins important que ceux des plans initiaux abracadabrantesques que Pablo a voulu nous faire tenter, mais aussi beaucoup plus atteignable.

Bref, le sommet choisi, c’est celui de la Laupie, également appelé Tourtoureau, qui offre plusieurs avantages : pas très haut (2025m) mais assez haut pour qu’il y ait de la neige à la fin mars (date choisie pour l’expédition), il y a un refuge intermédiaire non gardé entre le départ vers 1000m et le sommet qui nous permettra de passer une bonne soirée et de couper la route en deux. Mais avantage majeur : ça décolle toutes orientations. Quand on a décidé de la date de cette expédition, plusieurs mois plus tôt, on ne connaissait pas la direction du vent, ça optimisait donc les chances de vol. Et si c’était trop fort, peu importe la direction, on viendrait juste pour la balade ! On aura une chance d’enfer : après deux mois de neige et vent, le week-end décidé de longue date se profile calme et ensoleillé.

Jusqu’au refuge du Seignas !

Vendredi 23 mars 2018

J’arrive à Aix-en-Provence le vendredi soir chez Erik (il habitait encore en France à l’époque) assez tard. On papote, on regarde les cartes encore, on tricote pour remettre mon secours dans son emplacement sellette. Puis on va se coucher sachant qu’il faut se lever tôt pour qu’on ait le temps de manger le fameux porridge néerlandais, faire une ou deux courses et tout caser dans la voiture.

Samedi 24 mars

Levage, habillage, rangeage, mangeange (le porridge, c’est vraiment pas mon truc finalement…), 2e petit déjeuner chez Marion et Pablo (à base de bons croissants, qui sont plus à mon goût) et nous voilà partis en direction de Digne-les-Bains qu’on dépasse pour atteindre Barles à 11h. Sur le parking, Seb et Christine, nous attendent pour faire la montée jusqu’au refuge avec nous et partager les moments de convivialité. Au total dans cette expédition, nous serons six dont trois pour le décollage du sommet.

Arrivés à Barles, nous allons reconnaitre le champ repéré sur Géoportail pour atterrir. Oui ça semble bien, y a de l’espace mais ce n’est pas non plus un aérodrome... Ça devra faire l’affaire. On ramasse les sacs et on est prêts à partir, « On y va ! ». Montée tranquille en direction du refuge du Seignas, chargés comme des baudets : parapente, duvet, flotte et autres breuvages remplissent et dépassent même du sac. Heureusement, nos amis non parapentistes acceptent de porter une bonne part des victuailles ce qui me permettra de ne pas ajouter du rab à mon paquetage de 17 kilos déjà… Et oui, c’était pas encore l’air du light pour moi. Matos : voile Easy XS, sellette reverse 4 et secours SOS MCC… et comme on ne connait pas les conditions là-haut, raquettes, duvet, vêtements chauds et toute la panoplie…


Il fait chaud et les vestes et pulls sont vites rangées dans les sacs (flûte, ça fait encore plus à porter !). En route, on repère différents champs qui pourraient constituer des atterrissages de secours. On accroche de la rubalise à un arbre... Pas sûre qu’on voit grand-chose de tout là-haut ! A mi-parcours, on s’arrête, 13h, c’est l’heure de l’apéro (on est même bien en retard). C’est parti pour un petit pastis, même deux… Un peu de saucisson et fromage. Après tout ça, le sac semble toujours aussi lourd et les jambes encore plus, mais le cœur est comme plus léger. Le chemin jusqu’au refuge se raidit fortement. On croise plusieurs champs qui nous semblent parfaits pour se faire un peu de gonflage et on espère qu’il y en aura un pareil au refuge.

Aux alentours de 1400m, on commence à avoir de la neige par endroits. Neige plutôt croûtée. Pour nous qui sommes en grosses, pas de problèmes mais pour ceux qui sont venus en baskets, c’est un peu plus compliqué. Après moult péripéties, nous apercevons enfin le refuge du Seignas que nous gagnons avec plaisir. Heureux de découvrir que c’est conforme à la description : matelas, couvertures (dommage pour le port du duvet en préventif), électricité (!!!!) et malheureusement comme prévu, poêle vandalisé et hors d’usage. Pas grave, il s’avèrera qu’on aura trop chaud pendant la nuit. On pose les bagages et Pablo, Marion, Erik et moi profitons des dernières lueurs du jour pour monter au collet au-dessus et voir ce qui nous attend le lendemain. On repère quelques corniches sur la crête que l’on évitera donc. Tout nous semble en ordre. Mais pas de pente école pour se refaire la main… Tant pis !

Nous sommes seuls au refuge. Au menu, nous avons de la raclette que nous ferons chauffer poêlons par poêlons sur le réchaud à gaz. Ça marche du feu de dieu cette affaire ! On se régale. Le tout arrosé de vin, c’est un repas gastronomique ! Petit tour à l’extérieur, ça neigeote mais pas pire. Puis nous montons à l’étage pour se tanker sur les matelas, jouer aux cartes et prendre le digestif. L’est pas mal c’te p’tite liqueur de cynorrhodon que j’ai faite  puis dodo vers 23h – 23h30.

Dans la nuit, c’est changement d’heure. Ce qui aura donné lieu à de nombreux calculs savants pour savoir à quelle heure il faudra se lever pour ne pas être trop tard au sommet et profiter des conditions calmes. C’est décidé, ce sera 7h.

Vol du sommet de la Laupie

Dimanche 25 mars 2018

7h, heure nouvelle donc, le réveil sonne. On se prépare à partir, temps magnifique, conditions optimales, le vent de la veille est tombé et le ciel est clair avec quelques nuages pour faire joli sur les photos. La montée se fera sans trop de difficultés. En 2h nous sommes au sommet de la Laupie. Au sud, grand ciel bleu. Au nord-est, ciel voilé mais pas pire. Au nord-ouest, plutôt couvert mais pas trop inquiétant. Le vent du nord est juste PAR-FAIT ! Les paysages sont magnifiques.



On redescend d’une vingtaine de mètres sous le sommet pour installer nos voiles. Pour nous c’est une évidence, ça décolle ! C’est un peu alimenté, ça permettra de décoller face voile plutôt que de cavaler dans la neige. Quelle fainéantise. On prépare les voiles. C’est beau toutes ces couleurs étalées sur la neige. Pablo est prêt le premier mais je dois me démerder avec mon sac de nouilles de suspentes emmêlées (quelle naze, j’aurai du faire ça avant….). Finalement, tout est prêt. L’idée c’est d’enchainer. Pablo décolle le premier. Je veux suivre mais je mets un peu plus de temps que prévu à décoller, appréhension oblige, après 4 mois sans voler. Est-ce que je sais encore faire. Je fais une première puis deuxième tentative timide. Un peu trop pour que ça le fasse. A la troisième, la voile monte, je me retourne et sans courir mais à grandes enjambées, je regarde mon cap et pfiout ! Décollé, envolée, partie ! C’est magique !



Un vol entre neige et vallée

Phase 1 : contemplation maximale. 

Plénitude, paix et symbiose totale entre le pilote, sa voile, la montagne. Pour moi, c’est comme si j’avais volé hier pour la dernière fois. Les sensations sont là. Je lâche les commandes pour remettre ma veste correctement. C’est qu’il fait froid là-haut ! On prend un peu de dynamique au chemin sans s’attarder pour être sûr de rentrer au bercail et parce que l’idée pour cette première c’est pas de faire des miracles. Le survol de la crête est incroyable, très sauvage. Autour, beaucoup plus loin, les sommets enneigés se découpent dans le ciel bleu. Un peu devant, la voile rouge de Pablo se découpe dans le paysage et offre un spectacle époustouflant dans ce cadre montagnard. Après 10 minutes de vol, la fin de la crête est proche mais nous sommes encore très hauts. On aperçoit l’atterro qu’on avait repéré la veille, tout petit point en bas. Comme on ne le voyait pas du déco, c’était un peu stressant pour moi. Mais il est là… M’enfin, il parait vraiment petit vu d’ici… Y aurait pas un plan B plus large ?

Phase 2 : ça se corse… 

On s’engouffre alors dans cette vallée perpendiculaire qui compte deux verrous : en amont de Barles, la vallée se resserre. En aval les gorges forment un goulot où il n’y a de place que pour la rivière resserrée à cet endroit (la Durance) et la route. Les versants cultivés en été arborent à l’heure actuelle la couleur jaune automnale que la neige a recouvert durant l’hiver et que le soleil printanier a fait réapparaître inchangée. Thermiques garantis.

On s’attendait à un vol tranquille mais ce sont des conditions printanières qui nous attendent, et pourtant, il est encore tôt dans la matinée. Ou est-ce que le changement d’heure nous a induits en erreur ? Comme on ne cherche pas à enrouler, effet montagnes russes garanties ! Plus question de lâcher les commandes pour se rhabiller !

Je voudrais bien aller me poser, moi. Je repère un nouveau champ qui offre une superficie idéale pour atterrir en toute sérénité. Ce champ-là, on l’a tous vu et on a tous lorgné dessus. Problème, en s’approchant, on voit qu’il est bourré de câbles électriques en tous sens. Nouvelle recherche de plan B. Nouveau champ et nouveau problème. Ça bulle énormément aux alentours et je n’arrive pas à m’en approcher. Je ne suis pas très patiente non plus, il faut dire. Ça monte bien et j’ai quasiment repris l’altitude que j’avais perdue, je ne dois pas être loin des 1900m. Avec Pablo, on joue à l’ascenseur, un coup je suis 200m au-dessus de lui, l’instant d’après c’est lui. Puis, on finit par redescendre, tous les deux. Enfin ! Mais on ne voit pas Erik, où est-il passé ?

Phase 3 : atterrissage salvateur. 

J’ai finalement réussi à perdre du gaz. Repéré un champ méga grand, je le veux ! J’analyse la situation pour voir où je veux atterrir, le sens etc. Le champ est labouré à un certain endroit et je m’appliquerai donc à éviter d’aller le piétiner. Vent nul à l’atterro et j’arrive pleine balle au sol. Ça ne sera pas le plus bel atterro de ma vie mais pas pire. Je lève la tête et vois Pablo qui est en approche pour atterrir dans le même champ. Le coquin, il m’a suivie !

L’agriculteur à qui appartient le champ me hurle quelque chose. Je sors de ma sellette rapidos et me précipite vers lui pour nous excuser : situation imprévue, vraiment désolée, blablabla... Pour lui pas de problèmes. En fait, il voulait juste nous prévenir des fils électriques : Vous les avez vus ? – Ben oui… - Et votre collègue, il les a vus ? - Oui bien sûr, ils encadrent le champ, il a dû les voir. Mais ce n’est pas de ceux-là dont il me cause. Ce sont ceux qui traversent littéralement son champ et qui sont méga fins ! Impossible de les voir même quand on a le nez dessus. Pablo les verra 5m devant lui pendant sa finale, mettra le pied dessus, grosse étincelle et le pilote atterri indemne. Au passage, il a « juste » sectionné le fil, privant d’électricité la maison d’un voisin. Pas de bobos. Dans tous les cas, je n’aurai pas pu le prévenir, car pas de radios… On se re-confond en excuses auprès de l’agriculteur. Qui est super compréhensif, visiblement c’est pas la première fois que ça arrive. Il est même bien au fait de ce qu’il nous faut faire : appel EDF, déclaration FFVL… sacré lui ! En tous cas, ça fait plaisir de voir tant de bienveillance.

Ne voyant toujours pas Erik, je suppose qu’il a atterri sur l’atterro « officiel » qui est à plus d’un kilomètre de là où nous sommes. Je lui téléphone. Tout s’est passé à merveille pour lui, cool ! On finit de plier les voiles, et on se rejoint au parking, il est 12h30.

Epilogue

Gros débrief sur les impressions, les sensations, cette première aventure. Tout le monde parle en même temps et des « moi aussi j’ai pensé faire ça » jaillissent dans tous les sens. On a tous une faim d’enfer. On engloutit tout ce qu’on trouve dans la voiture d’Erik. S’il y avait eu du porridge, je l’aurai mangé tellement j’avais faim ! Marion nous rejoint. Elle est descendue comme prévu par les crêtes et s’est visiblement régalée sur un chemin qui vu du haut ne semblait pas si évident. Mais rien ne lui résiste !

Nous reprenons la route en direction de Digne où nous nous arrêtons boire un coup bien mérité. La bière n’a jamais eu aussi bon goût ! Puis retour à Aix. Nous passons devant Oraison où nous avions envisagé d’aller voler dans l’aprem mais nous avons eu notre compte pour la journée.

Encore tous surexcités de cette première aventure, les projets commencent à foisonner : des envies de découverte, de convivialité en toute simplicité, et de réitérer ce type d’aventure. Ce que nous n’avons pas manqué de faire ! Et j’espère qu’il y en aura encore beaucoup d’autre !

Revivez ces moments exceptionnels en regardant la vidéo d’Erik : 


Oror, la Savoyarde

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